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Les mimosas de mon enfance

  • Photo du rédacteur: Nicole Claudine Arboireau
    Nicole Claudine Arboireau
  • 20 janv.
  • 3 min de lecture

De grands arbres maigrichons poussaient en nombre sur le côté du jardin, envahissant même les allées à l'abandon. Mon père m’avait dit : “ce sont des mimosas .”


En plein été, Ils semblaient en grande souffrance, comme épuisés. Vinrent les orages de la fin de l’été, pluie lourde qui ruisselle sans pénétrer le sol trop dur. Les mimosas sortirent brusquement de leur sommeil estival. Leurs feuilles composées largement dépliées, avaient changé de couleur, passant du gris éteint à une superbe glaucescence. Les petits grains s’étaient gonflés au fil des mois.

En janvier ils étaient bien ronds et d’un vert hésitant. Vers la fin du mois, la floraison éclata comme un soleil en mille houppettes soyeuses, poudrées et gonflées d’un pollen léger. Le petit bois au fond du jardin abandonné était recouvert d’une chevelure dorée, mousseuse et embaumée. Son nom : Acacia dealbata dit ‘le sauvage’ chez nous, tant il a tout envahit !


J’ai tout de suite aimé le mimosa. C’est un arbre généreux qui ruisselle de fleurs et que l’on peut piller sans réserve. J’avais remarqué que la terre change d’odeur sous les mimosas. Quelque soit l’endroit où ils poussent, la terre a une senteur particulière. J’en ai eu l’explication bien plus tard, cette odeur fraîche et curieuse viendrait des nodules particuliers que cette famille de plantes développe sur ses racines. Ces nodules fixent l’azote de l'air et enrichissent le sol pour mieux s’en nourrir.


Mon père qui avait travaillé chez un fleuriste dans sa jeunesse à Lyon connaissait tout le plaisir que cette fleur hivernale procure aux gens des grandes villes. Il expédiait à toute notre famille parisienne des gros colis de branches fleuries de mimosas. Il les roulait bien serrées dans un papier journal un peu humide, puis les ficelait en un gros saucisson de papier kraft, mon père offrait avec fierté un peu de sa Côte d’Azur.


A la fin du mois de Janvier, le Comité des Fêtes de Saint Raphaël organisait la Fête du Mimosa. La promenade du bord de mer était barricadée, nous devions payer une entrée pour assister au défilé des chars décorés exclusivement de mimosa. Plus tard, mon père obtint de tenir une des « guitounes » d’entrée et en plus du petit extra qu’il gagnait, la famille assistait gratis à la fête. J’ai le souvenir des chars les plus exotiques réalisés par l’armée coloniale cantonnée alors dans la commune voisine de Fréjus. Sur des camions militaires, entièrement recouverts de grillage à poules, on avait tissé des branches fleuries. Des militaires d'origine africaine, presque nus, ceinturés d’un pagne dansaient des danses barbares pour la plus grande joie du public. Suivaient des tracteurs fleuris qui tiraient des plate formes sur lesquelles de gracieuses fillettes en tenue légère prenaient des poses. Les réalisations étaient naïves et le public heureux. On se jetait au visage des confettis et des rameaux fleuris. 


J’avais en horreur la bousculade de cette fête et dès qu’on me le permis, je boudais cette manifestation populaire. Je n’aimais déjà pas que l’on piétine les fleurs. Ce fût un grand chagrin pour mon père qui avait intrigué pendant deux ans afin de m’obtenir une place sur un char. Il aurait été si fier de me voir défiler.


Au bout de quelques années d’émerveillement, la mimosée du jardin gagnant du terrain, mon père entrepris l’arrachage des arbres en surnombre. Il attendit les pluies d’automne pour les attaquer. Le mimosa, même vert, brûle en crépitant joyeusement. Il accepte le sacrifice dans la joie car il sait que la moindre racine laissée en terre donnera naissance à un nouveau rejeton prêt à fleurir l’année suivante. Quelques unes de ses graines, grillées par le feu, germeront autour du tas de cendres refroidies. Le mimosa sauvage est immortel. Il renaît après le feu comme après le gel. Ses racines superficielles, à la moindre blessure, font naître une pousse nouvelle qui donnera un arbre en deux ou trois ans. Ceci explique pourquoi les locaux se méfient de lui et en plantent rarement sur leur terrain ! 


Les établissements Cavatore détiennent aujourd'hui, la collection nationale CCVS à Bormes les mimosas. On peut y trouver son bonheur pour fleurir son jardin chaque mois de l'année et les indispensables conseils de ces spécialistes de père en fils. Beaucoup sont fleuris pour la Noël mais leurs mois de splendeur restent  janvier et février.


Belle journée on rêve toujours à ce qui va fleurir demain.



 
 
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