Le parc de la Villa Aimée
- Nicole Claudine Arboireau

- 3 mars
- 2 min de lecture
Mon jardin d’enfance était un grand parc abandonné à la sauvagerie depuis la dernière guerre. Pins d’Alep, Chênes lièges, mimosas, bruyère en arbre, ciste de Montpellier, lauriers tin étaient entremêlés de l’accrocheuse salsepareille.
Que du sauvage.
Dans les coins où s’égarait l’évacuation les eaux usées, les grandes acanthes et les bambous qui s’en nourrissaient formaient une jungle verte et luxuriante.
De ce grand parc, il ne restait de sa ‘Belle Epoque’ que quelques rares plantes fleuries : les mimosas, le jasmin, les primevères en hiver, les anémones survivantes qui n’avaient que 10 cm de haut mais qui me ravissaient par leurs couleurs vives dès le mois de mars.
Ensuite arrivaient les freesias blanc crème au doux parfum qui poussaient en prairie dans les rares endroits dégagés. Puis les cistes aux fragiles pétales mais dont les buissons servaient surtout à faire bouillir la lessive sur un foyer de pierre dans le jardin. Les cistes même verts flambent facilement, il y en avait tant !
Maman planta quelques fleurs, souvent issues de boutures offertes ou bien dérobées aux grillages voisins. Plumbago, rose cavaleuse en l’occurence Albéric Barbier « prélevée » dans les débordements de la riche villa du pharmacien…
Les essais potagers de mon père n’eurent guerre de succès et très vite le parc retourna à sa liberté, conquise de longue date.
Pourtant cette région était un paradis pour mes parents, de la verdure toute l’année des arbres immenses, des agaves énormes aux épines redoutables. Des buissons d’Opuntias au fond du terrain marquaient la séparation d’avec le bois tout proche. La floraison des mimosas durait jusqu’à mi-mars et mon père en expédiait des colis à sa famille lyonnaise pour partager sa fierté de vivre au soleil du midi.
Bien sûr tout était desséché dès le mois de juin : pas de système d’arrosage et un seul robinet devant la maison pour les pots de géraniums de maman.
L’été c’était plage tous les jours parfois toute la journée et les enfants abandonnaient sans regret leurs cabanes et leurs jeux dans leur forêt, la mer offrait d’autres jeux.
Ce qui fut surprenant durant notre premier été dans le midi fut la floraison étonnante des Amaryllis belladonna. Une série de trompettes rose tendre sur une tige grasse, juteuse et solide sortie du sol sans une feuille à partir de la mi-aout.
C’est grâce à mon père qui avait travaillé chez son frère fleuriste à Lyon que j’appris, sans m’en rendre compte tous les noms des plantes du parc.
Avec le temps, je n’ai rien oublié de la leçon et si notre jardin à ce jour est un mélange choisi et réfléchi de nature sauvage et d’espèces cultivées de longue date dans les anciennes villas aujourd’hui disparues, je lui dois beaucoup.
Le jardin est un terrain d’expériences, que l’on se doit de partager surtout avec les enfants mais aussi avec les adultes qui n‘ont pas eu la possibilité de s’amuser à planter, à semer, à bouturer.
Les mains dans la terre et l’on oublie les soucis.
Que de choses à observer, à comprendre nous sont offertes !











