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La pêche à Santa Lucia

  • Photo du rédacteur: Nicole Claudine Arboireau
    Nicole Claudine Arboireau
  • 10 avr.
  • 2 min de lecture

Pâques, c’était 15 jours de vacances pour les écoliers. C’était un temps de liberté totale et après avoir aidé à la maison - surtout les filles - nous avions quartier libre. Les vélos permettaient d’aller au bord de mer proche et de tenter le premier bain de mer, souvent une simple trempette dans les calanques aux roches rouges. Nous avions pour tout arme la perche de roseau dont l’extrémité refendue était tenue ouverte par un bouchon de cidre ou de champagne. Entre les rochers, il était alors possible de ramasser sans trop se piquer de beaux oursins violets ou dorés dont la toute la famille était friande… Le couteau de poche servait à décoller les arapèdes (appelées berniques en d’autres régions). Pas terrible de goût, dures à mastiquer mais il est un âge où l’on a toujours faim ! Parfois nous prenions nos cannes à pêche en bambous dont le fil de nylon était agrémenté d’un flotteur, simple bouchon peint en rouge et au bout pendait un ou plusieurs hameçons sur lesquels on embrochait cruellement quelques Bernard l'ermite, un appât facile à trouver caché dans les piades accrochées sur les roches mouillées par les vagues. Beaucoup de préparation pour connaître l’ultime plaisir de sentir que cela pitait au bout de la ligne :  peut être une girelle, un sarran, un rouquier ou un vulgaire gobie* qui est si gourmand qu’il se fait attraper facilement…


Les jours de chance nous ramenions de quoi préparer une soupe de poisson si modeste qu’il fallait ajouter une pomme de terre. Maman la liait avec les gonades d’oursins de cet orange magnifique au parfum subtil d’iode. Les tranches de pain frottés d’ail trempés dans la soupe, comblaient le manque de chair de poisson.


Cet avant goût de pêche miraculeuse, nous promettait aux grandes vacances d’été des retours plus glorieux. Avec masque, palmes et fusil harpon, bricolé avec une canne de Provence, une fourchette et un élastique costaud (celui qui retenait le cartable sur le porte-bagage du vélo). 

On visait les poulpes faciles à repérer car faute de porte, le poupe accumule des cailloux et des débris devant son trou… La prise était rare mais quel triomphe de le ramener en cuisine où il finissait à l’américaine dans une sauce relevée… 


Cela fait bien longtemps que je n’ai pas pêché et pour les oursins il sont interdits à la récolte dès la fin février… Reste en souvenir la grande liberté offerte aux enfants entre 8 et 10 ans dès qu’ils savaient nager et plonger. Bricolage, débrouillardise, courage et rêves d’aventures de ces années 50 qui reviennent en mémoire. Merci de ces cadeaux inestimables que les parents nous ont offert. 


*les yeux du Gobie sont globuleux et proéminents. Les mâles arborent une superbe nageoire dorsale effilée qui les rend majestueux.


Quand un garçon regardait une fille de trop près, la moquerie tombait : « Tu lui fais des yeux de Gobbi ! »

 
 
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