L'Aliboufier
- Nicole Claudine Arboireau

- 23 mai
- 3 min de lecture
Nom vernaculaire : Aliboufier, arbre aux alibofi
Nom latin : Styrax officinalis
Famille : Styracacées
Au jardin les bourgeons commencent à s'entrouvrir la floraison est toute proche. Aliboufier, ce mot provençal qui emplit si bien la bouche désigne de fait un arbuste qui pousse seulement dit-on sur le terroir Varois… Vous allez dire que j’en fais trop pour mon département mais que voulez vous je l’aime lui et sa flore !
J’ai rencontré l’Aliboufier quand nous habitions Toulon. Une sortie en campagne avec les enfants nous a conduit à la Chartreuse de Montrieux à Méounes. Les petits étaient ravis, il y avait des prés et des vaches, peu communes sur notre terroir. … Quelques photos en témoignent, au dos est mentionné «1968 ». Ma curiosité alla à un arbuste présent en plusieurs exemplaires qui fleurissait d’un blanc lumineux par bouquets de clochettes. Je cueillis une branche fleurie afin d’en savoir davantage sur cette plante inconnue. C’était bien sûr avant internet et il me fallu pas mal de recherche dans mes livres pour trouver son nom latin : Styrax officinal ! Et son histoire est ancienne.
“arbuste semblable au cognassier pour les feuilles, pour les fleurs à l’oranger, pour le parfum de son suc, nullement inférieur au Styrax syrien”
Nicolas Claude Fabri de Peiresc 1590/1637
Conseiller au Parlement de Provence, botaniste, astronome, antiquaire et collectionneur
La seconde fois que je rencontrais cet arbuste, c’est au jardin botanique de Montpellier 20 ans plus tard, je le reconnu avec son feuillage feutré et découvris ses fruits, de la taille d’une noisette. Une étiquette mentionnait le nom latin. Je ramassais au sol quelques fruits durs et les mis dans ma poche. Au retour dans mon jardin tout neuf, je fis des semis… qui réussirent à 100%. Depuis je possède un gros bosquet de cette plante à histoires.
C’est un arbuste à feuilles caduques ne dépassant pas les quatre mètres de haut, de la famille des Styracacées. Cette famille est célèbre notamment par le Styrax benjoin qui fournit le baume benjoin utilisé en médecine et en parfumerie. Le Styrax officinal varois fournit, lui, par gemmage une résine appelée Baume Storax ce qui a engendré une grande confusion depuis fort longtemps.
Sa découverte en France à Belgentier est signalée par Pierre Pena et Mathias de Lobel dans un livre publié à Londres en 1570.
«On tire de l’écorce de cet arbre une résine liquide fort odorante en assez grande quantité. Les Chartreux la ferment dans des petites bouteilles dont ils font part à leurs amis. J’ai observé que cette résine liquide est excellente pour les plaies récentes qu’elle consolide dans très peu de temps. »
Pierre Joseph Garidel
médecin et botaniste sous Louis XV
Cet arbuste n’existe en France que dans le Var à l’intérieur du pentagone La Crau, Le Revest, Signes, Camps-la-Source et Forcalqueiret. La majorité des stations se retrouve donc dans le massif de la sainte Baume, sur la partie calcaire du bassin versant du Gapeau, en particulier entre le Coudon et Montrieux.
Le Styrax fournit une résine recueillie par gemmage, le « baume storax » utilisé contre la toux, le catarrhe bronchique, l’asthme, les plaies et ulcères cutanés.
On ne peut qu’imaginer les moines de la Chartreuse de Montrieux utilisant cette plante pour soigner.
Pendant longtemps, les curés de Belgentier ont brûlé de la résine de styrax dans leurs encensoirs tandis que les graines très dures servaient à confectionner des chapelets dits « chapelets des Chartreux ».











